II – LES CARACTÉRISTIQUES DES DISCIPLINES DU HIP-HOP

    1. Une musique issue de la ville : le rap


   
     a) Au fil des années…

    Le rap (qui signifie « baratin » en anglais), apparu au début des années
1970 - avec notamment le groupe The Last Poets - dans les quartiers déshérités de New-York, commence son expansion médiatique et commerciale dès 1979 grâce au tube « Rapper’s Delight »

    1976 : Dans le Bronx, c’est la première Block Party dont le principe est simple : c'est une fête illégale dans la rue où le DJ arrive avec un ou plusieurs MC’s. Ces derniers mettent de l’ambiance en invitant les gens à danser avec des phrases comme « wave your hands in the air like you don't care » par-dessus la musique que le DJ fait jouer sur ses platines vinyles ! Les jeunes s'y réunissaient pour se divertir, tout simplement. 

    1977 : Les Last Poets sortent l’album « Delight of the Garden ». Ce groupe a été créé en 1969 alors que les mots « rap » et « hip-hop » n’étaient pas encore passés dans le langage courant. Ils le disent eux-mêmes dans leurs paroles : « we were rappin' when you still nappin (« on rappait quand tu tétais encore »). C'est un groupe plutôt engagé, affilié aux Black Panthers, et aux chansons plus qu'alarmantes : « Run nigger, run », « Wake up nigger »... 

    1979 : Sortie du maxi « Rapper’s delight » de Sugarhill Gang sur un sample de la ligne rythmique du tube « Good Times » du groupe disco-funk Chic. C’est le premier disque rap ayant un réel succès commercial mondial, ce qui s’explique en grande partie par son caractère festif (typique de cette époque dominée par la musique disco-funk). « I say the hip, the hop, the hippie, the hippie to the hip hip hop and you don't stop » : les paroles ont beau être faciles, elles ont tout de même le mérite de faire danser ! Bien que le rap étant considérée comme une musique rebelle et contestataire, il est important de savoir que Sugarhill Gang est un groupe monté de toute pièce par la productrice Sylvia Robinson de la même manière que Franck Fabian a formé Boney M quelques années auparavant, et les Milli Vanilli dix ans plus tard (le premier « boys band » de l’histoire de la musique). Robinson créa tout de même Sugarhill Record , le label le plus important pour le rap old school du début des années 80 (comme l’est désormais Def Jam depuis la fin des années 1980).

 
Sugarhill Gang : « Rapper’s delight » (1979)

    1981 : François Mitterrand est élu président de la république française. L’une de ses premières mesures est de libérer la bande FM. Les Radios libres qui découleront de cette loi contribueront grandement à faire connaître le rap en diffusant les premières productions américaines puis françaises mais rares sont ceux qui croient en cette nouvelle musique venue des ghettos noirs américains.

    1982 : L’un des tous premiers DJ de l’histoire de hip-hop, celui qui a même fabriqué ses propres platines, sort le disque « The message ». Il est accompagné de son groupe de MC’s the Furious Five. Ce titre marque une rupture dans l'histoire du hip-hop : c'est l'arrivée du rap réaliste. « The Message » décrit les quartiers défavorisés, les jeunes en détresse, la vraie face du ghetto New Yorkais. (« Don't push me cause I'm close to the edge, I'm trying not to lose my head » : « Ne me pousse pas car je suis au bord du gouffre, j'essaye de ne pas perdre la tête »).
En France, le rap a désormais ses fervents défenseurs. Des blocks-parties à l'américaine qui réunissent rappeurs, danseurs et graffeurs sont organisées au terrain vague de la Chapelle pour 5 francs l'entrée. Petit à petit, certains se mettent à penser qu’il serait possible de faire du rap en Français. Des émissions de radio apparaissent (« Rapers Dapper Snapper » avec Sidney sur Radio 7, « Deenastyle » avec Dee Nasty sur Radio Nova).

 

Grandmaster Flash and The Furious Five : « The Message » (1982)


    1984 : « Renegades of funk » d'Afrika Bambaataa accompagné des Soul Sonic Forces sort. Celui-ci est un visionnaire du rap qui fonde la Zulu Nation, mouvement dont le but est de sortir les jeunes des ghettos de la violence en canalisant leur rage par le hip-hop : la danse, le rap, le graffiti, le Djing. En France, Sidney et Laurence Touitou présentent sur TF1 « H.I.P.-H.O.P. » (proncez « achipé achopé »), la première émission consacrée au hip-hop et qui fait la part belle au rap. Elle deviendra vite culte dans toute la France. En effet, les jeunes banlieusards déjà exclus de la société, du système scolaire, de l'emploi, se reconnaissent vite dans cette musique créée par leurs frères américains. 

    1985 : Russel Simmons crée le label label Def Jam qui signera par la suite les plus grandes stars du rap telles que Kurtis Blow, Method Man, Red Man, DMX ou encore le sudiste Ludacris.

    1986 : L’un des premiers maxis 45 tours de rap français est disponible chez les disquaires : c’est « J'en ai assez » (une description de la vétusté des HLM) de Destroy Man et Jhonygo.

 
Destroy Man et Jhonygo :« J'en ai assez » (1986)


    1987 : A seulement 16 ans, LL Cool J sort « I need Love ». Son parcours est exceptionnel car il est l'un des rares rappeurs à chanter encore. Ainsi « All I have » en duo avec Jennifer Lopez est l’un des tubes de l’année 2003 !
La même année, le rap conscient s'impose de plus en plus sur la côte Est des États-Unis. Les premiers abums de Boogie Down Productions et de Public Enemy sont pressés. Ces deux groupes font partie des premiers rappeurs à être vraiment pris au sérieux par les journalistes blancs grâce à des textes foudroyants toutes les injustices du « rêve » américain, notamment avec « Sound of da Police » de KRS One (« Woop Woop, that’s the sound of tha police, Woop Woop, that’s the sound of tha beast »).
Pour la première fois, un album de Hip Hop, « Paname City rapping » est produit en France par le DJ Dee Nasty Les premiers rappeurs français - Suprême NTM, Assassin, MC Solaar rappent leurs « freestyles » en direct dans l'émission « Deenastyle ».

    1989 : Run DMC s'associent à Aerosmith pour le morceau « Walk this way ». Celui-ci est la première fusion rap-rock bien avant que des groupes comme Red Hot Chilli Peppers ou Limp Bizkit ne le fassent à la fin des années 90. Le groupe de rap Marseillais IAM enregistre sa première cassette audio, « Concept » - aujourd’hui introuvable autre part que sur Internet – qui servira surtout à négocier des salles de concert.

    1990 : Sortie du premier album de 2 Live Crew, groupe scandaleux originaire de Miami, aux textes pornographiques et hurlés. Certains États les privèrent même de concert sur leur territoire refusant d'accueillir ce groupe de jeunes blacks considérés comme trop vulgaires.
    La même année Jazzy Jeff et The Fresh Prince (alias Will Smith) sortent leur single « Summertime ». Ces derniers font du rap festif et bon enfant, voire commercial, leur spécialité.
En France, le titre « Mais vous êtes fous ?! (Ho oui !)» de Benny B est un énorme succès commercial mais il est rejeté et dénigré par la communauté hip-hop qui ne voit là qu’un titre commercial aux paroles sottes (« B-E-2N, Y-B, mon nom à moi, c’est Benny B, oui tu l’as vu deviné / Comme toi je veux la justice, essaye de défendre mes droits / Partout où tu vois la foule, c’est qu’on parle de moi / Je descends des quartiers soit disant mal fréquentés / Où la P.J y passe les 3 quarts de la journée / Mais j’en ai marre de tout ça / J’en ai marre de cette vie là / Et pour sortir de cette impasse, je ferai n’importe quoi ! ») 
    Le rap commence à prendre de l'essor et la compilation « Rapattitude ! » permet de révéler au grand public la première génération de rappeurs français et de sortir leurs albums.

 
Suprême NTM :« Je rap » (sur « Rapattitude ! ») (1990)


    1991 : C’est une année faste pour le rap français qui prend son envol. Des premiers albums de rappeurs encore présents aujourd’hui s’étalent dans les bacs des magasins. 
« Qui sème le vent récolte le tempo », le premier album du rappeur français MC Solaar est un énorme choc musical : les textes, à la fois sages et poétiques, tout comme le flow et les musiques, accèdent à un niveau encore jamais atteint dans la courte histoire du rap français. Grâce à des morceaux comme « Armand est mort » (qui sample le « Inner City Blues » de Marvin Gaye), le jazzy « A temps partiel », le triste « Caroline » ou « Bouge de là » (premier single extrait du disque), Solaar et son DJ d'alors, Jimmy Jay, ont fait de ce disque un véritable opus.

 

MC Solaar :« Caroline » (1991)

    Stomy Bugsy et Passi, les deux membres du groupe Ministère Ä.M.E.R. (Action, Musique Et Rap) sortent leur premier maxi, « Traîtres ».
Le groupe Assassin s’impose comme rappeurs militants avec leur premier maxi trois titres « Note mon nom sur ta liste ». 
« Authentik », le premier album des mythiques mais décriés Suprême NTM arrive dans le commerce. Les paroles sont crûes et des titres tels que « Blanc et Noir » ou « L’argent pourrit les gens » dénoncent les inégalités et les problèmes de société.
« De la planète Mars » est le premier véritable album gravé sur CD du groupe Marseillais I AM. Cet opus ne fait que renforcer leur popularité et emmènera Akhenaton, Shurik’n et tous les autres membres du groupe au pays du succès.

    1992 : « Enter The Wu Tang (36 Chambers) » du Wu Tang Clan est dans les bacs. Cet album aux samples bizarres et au son sale (l’un des meilleurs albums de rap US) oscille entre mysticisme délirant et rage de dénoncer ! 
La même année sort le premier album solo de l'honorable Dr Dre : « The Chronic ». C'est alors l'apogée du son G Funk (gangsta funk), un mélange de rap avec des sonorités plutôt funky (à base de samples de P-Funk tels que The Parliaments, Funkadelic - les groupes de George Clinton - ou Bootsy's Ruber Band).
    On entre alors dans une nouvelle ère, Public Enemy et Krs-One ne vendent plus, désormais c'est la forme qui compte plus que le fond. Les gangstas font des barbecues entourés de femmes en maillots de bain et se pavanent dans des Cadillacs dans leurs clips... On est loin de l'esprit radical de Boogie Down Productions ! 

    1994 : Sortie de l'album « Illmatic » du rappeur encore inconnu nommé Nas. Ses descriptions des quartiers défavorisés du Queens sont alors exemplaires. Mais ses références farfelues à la théorie de complot assombrissent le tableau mais cet album reste néanmoins un classique.

    1996 : Tupac sort « All Eyez On Me » sur le label Death Row. Tupac est le MC qui explique le mieux la constante dualité entre conscience et matérialisme. Fils d'une ancienne militante Black Panthers tombée dans la toxicomanie, il était complètement lucide : il disait être constamment partagé entre une certaine conscience politique et de sales histoires qui le rattrapent inlassablement. Il meurt la même année dans une fusillade et devient alors une légende. Sa mort fut le plus gros coup de pub pour le label Death Row. Tupac n'a jamais autant vendu de disques que depuis sa mort !

 
2Pac :« California Love (remix) » (1996).

    Doc Gynéco assure, avec un million d’exemplaires de son premier album « Première consultation », l’une des plus grosses ventes de rap français. C’est le début d’une nouvelle époque pour le rap en France, les ventes de disques ne vont cesser de progresser, renforcées par le revirement de la radio Skyrock vers le hip-hop.

    1997 : L'esprit du rap « peace and love » des débuts s’estompe de plus en plus. Jay-Z et autres Puff Daddy accentuent la tendance ultra-matérialiste et sexy. Le rap se lie au R&B pour sortir des chansons à l'eau de rose au détrimant du rap hardcore. Les « bitches » assumées tels que Lil'Kim ou Foxy Brown (des rappeuses qui joue sur la carte sexy pour vendre, et qui ne rechignent pas à se faire passer pour des sortes de prostituées) remplacent les Roxane Shanté ou Queen Latifah (des rappeuses qui savaient se faire respecter).

    IAM vend 1 million d’exemplaire de leur album « L’école du Micro d’argent » aux influences fantastiques comme les films de George Lukas « La Guerre des Étoiles ».

    1998 : Master P, un rappeur du Sud des États-Unis, pèse alors 56,5 millions de dollars grâce à son label No Limit Records. Le succès de Master P et de son écurie est surtout dû à l'apologie de l’argent et des grosses voitures. Les pochettes de ses albums montrent le côté matérialiste : or, champagne, grosses maisons… L'argent devient alors une obsession pour certains rappeurs et surtout chez les sudistes : leur musique fait bouger les corps mais pas la matière grise… 
    Fort heureusement pour l'esprit hip-hop il existe encore des rappeurs censés ayant une réelle conscience politique. Ce sont The Roots, Common, Company Flow, Mos Def ou encore Dead Prez. 
    Le rap venant de classes sociales peu aisées, il est normal que les aspirations à un monde meilleur se soit doublées d'un désir de richesse et de frime. Par opposition, le refus de l'argent comme moteur de l'aliénation est une idée souvent issue des rebelles des classes moyennes.
En France, les membres de Suprême NTM sortent leur quatrième album, éponyme, qui se vend extrêmement bien et dont les singles passent encore régulièrement en radio. Le rap est alors définitivement ancré en France, qui reste la deuxième scène mondiale. Le groupe NTM, réputé pour ses prestations scéniques, ainsi que Passi et Stomy Bugsy remplissent les salles. Le grand public danse sur des singles certes aseptisés, mais qui ont réussi à introduire le rap dans les foyers. Des « crews » tout puissants comme le Secteur Ä ou le Côté Obscur ont pris le contrôle du rap, et gèrent de véritable entreprises autonomes des majors. 

    1999 : Dr Dre, ex roi du gangsta rap (avec son groupe NWA au début des années 90) produit le second album d'Eminem et sort par la même occasion son propre album « Chronic 2001 ». Les deux albums rencontrent un grand succès auprès du public. Dr Dre entre alors au rang des producteurs superstars tels que Timbaland, The Neptunes ou RZA (producteur plus sombre), chaque album produit par Dr Dre rencontre alors le succès (comme ceux de Xzibit, Truth Hurts ou Mary J Blige...).

 
Dr Dre et Snoop Dogg :« Still D.R.E. » (1999)


    Le rap français malgré des budgets en baisse et des difficultés à organiser des concerts (en effet, les directeurs de salles craignent les débordements) est en forme. La Fonky Family, le 113, Freeman, La Brigade ou Le 3eme œil, épaulés par Skyrock qui sur-diffuse les singles des groupes potentiellement vendeurs, sortent d’énormes succès commerciaux.

    2000 : Après vingt ans, le rap est sans doute définitivement ancré dans les mœurs de la jeunesse n’en déplaise aux défenseurs de l'ordre moral et de ceux qui ne croyaient encore qu'à une mode. Mais la tendance est au rap « tranquille », avec des succès de nouveaux groupes comme le Saïan Supa Crew. L’an 2000 est aussi l'année du retour d'Assassin qui revient avec un nouvel album « Touche d'espoir » profondément ancré dans la culture hip-hop. 

 
Assassin :« Esclave 2000 » (2000) :
Du rap militant.

 


Yannick :« Ces soirées-là » (2000) :
Un bon exemple pour illustrer le « rap commercial ».


    Depuis 2001, le rap devient de plus en plus mélodique et mielleux avec un message souvent moins militant. Même les rappeurs des années 90 reviennent dans un style et une musique plus posés et plus commerciaux. Le R’n’B, auparavant complémentaire du rap, devient de plus en plus un sérieux concurrent.


Tragédie :« Hey ho » (2003) :
Le R'n'B, aux textes plus légers, vient concurrencer le rap.



        b) Quelle est la spécificité du rap ? 

    La première particularité du rap est de ne pas être une musique chantée. Cela ne veut pas pour autant dire qu’elle n’est pas mélodieuse : le « flow » des artistes (leur style, leur manière de rapper en rythme), peut parfois être aussi harmonieux que celui d’un grand chanteur de variété. La partie instrumentale est la plupart du temps assurée par un DJ qui, à partir d’échantillons (des « samples ») de mélodies piochées dans d’autres disques et de « break beat » mis en boucle (des mesures de 4 temps où les percussions – la batterie notamment – occupent une place majeure), crée une musique originale où le MC pourra s’exprimer librement.
    Le DJ peut aussi y rajouter des effets réalisés grâce à des dérapages de l’aiguille de la platine de disque sur le vinyle : les « scratchs » qui font du rap une musique très saccadée et des platines – les « turntables » - un instrument à part entière.
    Les « lyrics » sont les textes des rappeurs. D’abord festifs – à la fin des années 70 et au début des années 80 – ils deviennent de plus en plus noirs au cours des années 1980 et dépeignent la triste réalité des ghettos tout en apportant un message d’espoir pour aider les jeunes défavorisés à s’en sortir (la Zulu Nation de Afrika Bambataa). Le début des années 90 est marqué par un changement radical dans les textes des rappeurs : c’est l’avènement du « gansta rap », avec des textes faisant l’apologie de la violence, des grosses voitures et des femmes faciles. Enfin, de nos jours, les lyrics constituent un grand melting pot d’idées : le gangsta rap – qui s’est tout de même un peu assagi – côtoie des textes intelligents, revendicatifs et militants. Mais le « bizzness » (le « business » anglais francisais) prend de plus en plus d’ampleur et dans le même temps le rap est devenu une valeur sûre des majors du disque et il inonde désormais les radios.


        c) L’improvisation : le « freestyle »

    Le rap, en tant que musique black, descend du jazz afro-américain. La particularité de ce dernier est l’improvisation : les musiciens inventent tous ensemble un morceau en même temps qu’ils le jouent. Et cela ne donne pas une sorte de « chaos musical » ! Au contraire, comme le jazz est une musique, donc un art, il obéit à des règles précises qui orientent ainsi l’improvisation dans un certain sens tout en laissant libre cours à l’imagination des musiciens. Chaque improvisation donne donc un morceau unique et original tout en restant dans le style jazz.
C’est la même chose dans le rap – et dans le hip-hop en général. Les rappeurs peuvent arriver sur scène ou dans un studio de radio avec juste quelques rimes griffonnées en vitesse, et peuvent ensuite rapper de longues minutes en reprenant leurs notes ou en inventant de nouveaux « lyrics » dans l’instant. Le DJ les accompagne avec ses instrumentaux gravés sur vinyl. Tous les rappeurs qui se suivent dans ce « freestyle » sont en parfait harmonie avec les autres. La raison est la même que pour le jazz : le rap est un art avec des règles bien définies !


        d) Quelques figures de « DJing »

    - Le « Pass-Pass » ou « beatjuggling » : c’est l'art de jongler avec les platines. Il faut repérer le début d'une boucle de quatre temps, le marquer sur le vinyl à l’aide d’un autocollant, puis la répéter aussi longtemps qu’on le souhaite.

    - Le « ciseau » et le « cut » : ce sont deux formes de scratch parmi les plus célèbres. Le DJ qui fait ces scratchs fait sortir des enceintes un son très particulier en faisant des allers-retours avec le vinyl et en ouvrant à certains moments le crossfader (le curseur qui permet de faire passer le son du premier vinyl au second).


DJ Abdel & DJ Djel :« L'Union / La Force » (1999) :
Une bonne démonstration de ce que peuvent réaliser les DJ's.



        e) Quelques DJ’s, rappeurs et groupes de rap

    Voici quelques biographies d’acteurs de la scène rap américaine et française, représentant chacun un style ou une époque spécifique.

    2 Pac

 
2Pac :« California Love (remix) » (1996).

    Tupac Amaru Shakur, alias 2 Pac, naît le 16 juin 1971 à New York aux Etats-Unis. A 17 ans, il déménage à Marin City en Californie. Il enregistre son premier album « 2pacalypse now » en 1992. Le titre « Brenda's got a baby » connaît un grand succès. Le rappeur joue dans le film « Juice » d'Ernest Dickerson puis dans « Poetic Justice » de John Singleton. En 1993, il signe « Strickly 4 my N.I.G.G.A.Z. » qui contient les hits singles « I get around » et « Keep ya head up ». Parallèlement, 2Pac accumule les démêlés avec la justice pour coups et blessures et même abus sexuel en 1994. Reconnu coupable, il est condamné à quatre ans et demi de prison en 1995 et échappe à une fusillade à New York. Alors qu'il est incarcéré, son troisième album « Me against the world » paraît. 2 Pac sort de prison grâce à une caution de 1,4 million de dollars avancée par le président de Death Row Records. Il enregistre en 1996 pour cette maison de disques l'album « All eyez on me » qui contient le hit « California love » en duo avec Dr Dre. En septembre 1996, 2 Pac est assassiné à Las Vegas. La rumeur voudrait que Notorious B.I.G. ait commandité le meurtre, 2 Pac ayant déclaré avoir couché avec sa femme Faith Evans. Des albums posthumes suivent dont « Don Killuminati : the 7 day theory », « Still I rise » et « Tupac Amaru » et « Until the End Of Time » en 2001. En 2002 parait « Better Dayz », un double album avec vingt titres inédits. Suit « The Prophet » en 2003.

    Assassin

 
Assassin :« Esclave 2000 » (2000) :
Du rap militant.

    Le groupe de rap français Assassin est fondé en 1985 lorsque Solo, ex breaker, et Rockin' Squat, tagueur forcené, se rencontrent. Les deux acolytes commencent alors à rapper en compagnie de Joey Starr et de Kool Shen qui partent former NTM. Le duo, devenu trio depuis l'arrivée de DJ Clyde, participe en 1990 à la compilation « Rapattitude ! ». L'année suivante, Docteur L rejoint la formation. Après l'arrivée de Madj, manager et porte parole, Assassin signe en 1991 un premier maxi, « Note mon nom sur ta liste ». Le groupe fonde ensuite sa propre maison de disques « Assassin Productions ». En 1992, il sort son premier album « Le futur, que nous réserve-t-il ? » sans aucun support médiatique. Le disque se vend honorablement dans le milieu underground. En 1995, Assassin enregistre son deuxième album « L'homicide volontaire » et Docteur L quitte le groupe. La formation sort plusieurs maxis notamment « L'underground s'exprime » avec de nombreux rappeurs et un single avec Supernatural, le roi du freestyle new-yorkais. Assassin signe ensuite le maxi « Wake up » en 1998 avec le groupe américain Righteous Teachers. Deux ans plus tard, sort l'album « Touche d'espoir ».


     DJ Abdel


DJ Abdel & DJ Djel :« L'Union / La Force » (1999) :
Une bonne démonstration de ce que peuvent réaliser les DJ's.

    DJ Abdel œuvre depuis de nombreuses années dans le milieu du hip hop et du R'n'B, d'abord dans l'ombre, avant de devenir un personnage incontournable. Il officie à ses débuts avec le collectif Black Blanc Beur et le groupe Positive Black Soul. Il se fait un nom à travers l'émission Nulle Part Ailleurs sur Canal +, dont il est le DJ officiel. Petit à petit, il devient l'immense DJ / producteur que l'on connait aujourd'hui. En compagnie du non moins incontournable Cut Killer, il fonde le label Double H Production, qui compte dans ses rangs des artistes comme 113, Doudou Masta, Crazy B, DJ Pone. Les deux compères travaillent ensemble sur les volumes IV et V de « Hip Hop Soul Party ». En solo, Abdel, outre les nombreuses mix tapes, travaille pour la compilation « R'n'B 2000 International », la série télévisée « H », les spectacles de Jamel et Gad Elmaleh, les bandes originales des films « La Squale » et « La Vérite si je mens 2 ». Au printemps 2001, il sort le premier volet d'une compilation devenue mythique « A l'Ancienne », mix des meilleurs morceaux de soul et de funk des années 70/80. Vu le succès rencontré, il n'hésite pas à réitérer l'expérience et publie « A l'Ancienne II » un an plus tard. En 2003, il collabore avec Cut Killer sur la compilation rap et r’n’b « Hip Hop Soul Party Vol.6 » et assure un show hebdomadaire sur la radio parisienne, Radio FG.

    Dr Dre


 
Dr Dre et Snoop Dogg :« Still D.R.E. » (1999)

    Dr Dre, connu et reconnu à travers Public Enemy et les productions Boogie Down, a été un des pionniers du gangsta rap. Andre Young, alias Dr Dre, est né le 18 février 1965, sur la côte ouest américaine. Au début des années 80, il se fait la main en rappant dans différents clubs de Los Angeles et commence à se familiariser avec le « mic ». En 86, il rencontre Ice Cube et travaille avec lui. Les deux acolytes sortiront leur premier album en 87 et continueront jusqu'en 89. Dr Dre se lance en solo à partir de 92 et se mêle aux rappeurs de la West Coast, Snoop Doggy Dogg et Warren G (son petit frère), en tête de ligne. « The Chronic », son premier album sort en 92, suivi de « Concrete Roots » en 94. Dr Dre, non content de remporter un énorme succès en tant qu'artiste, se frotte ensuite à la production, en créant le label Death Row. Après quelques démêlés difficiles, Dre quitte Death Row pour former Aftermath, déclarant que le rap était mort. Dre sort « Dr Dre Presents The Aftermath », le premier album pour ce nouveau label, en 96. Le dernier album de Dre est sorti en 99 , « 2001 », et obtient un énorme succès.

    IAM

 
IAM :« Le Mia » (1994)

    Innovateur et surtout précurseur dans le style, le groupe IAM a fait souffler un vent puissant sur un rap hexagonal un peu lisse. La fabuleuse épopée des chevaliers shaolin, comme ils aiment s’appeler, débute en 1985, dans les studios d'une radio libre marseillaise, où Philippe et Eric se rencontrent. Fin 1989, ils deviennent Akhenaton et DJ Kheops. IAM sort Concept, une cassette produite avec le Massilia Sound System. Le groupe enchaîne les premières parties de Madonna, James Brown, Public Enemy et se forge une expérience de la scène. En mars 1991, sortie du premier album, « De La Planète Mars ». En 1993, « Ombre et Lumière », avec le single « Le Mia » vulgarise le rap et le fait entrer dans tous les foyers. La tournée « Le Dragon S'éveille Tour » triomphe en France et affiche un double Olympia complet. En 1995, ils sont élus « groupe de l'année » aux Victoires de la Musique. Les membres du groupe font alors un break, laissant la porte ouverte aux carrières solo. En mars 1997, IAM revient dans les bacs avec le chef d’œuvre « L'Ecole du Micro d'Argent ». En 2000, IAM refait un break, pour que chacun puisse s'épanouir à sa manière. Le crew se réunit en 2003 pour sortir l’album « Revoir un printemps ».

    MC Solaar

 
MC Solaar :« Caroline » (1991)

    MC Solaar est le premier artiste français à avoir démocratisé et fait découvrir le rap en France. Il a réussi, avec ses textes intelligents, à faire entrer le rap dans une France un peu sceptique. Claude M'Barali est né à Dakar, au Sénégal. MC Solaar a grandi à Villeneuve-Saint-Georges en banlieue parisienne. Il va « à la fac de la manière la plus lente » (comme il le dit dans « Les temps changent »), étudie les lettres et le droit. Parallèlement, il enregistre, dans un studio improvisé, les premières moutures de ses futurs succès. En 1990, c'est la révélation, MC Solaar sort son premier single, « Bouge de là ». Contrairement à ses collègues rappeurs plutôt violents, Claude MC propose une écriture élaborée, un talent littéraire énorme. Il faut attendre 1991 pour la sortie du premier album « Qui sème le vent récolte le tempo ». Sa technique d'attaque est le « Prose combat », titre de son deuxième album, sorti en 1994. Un million d'exemplaires sont vendus. Un petit chef d'œuvre illustré par des textes souvent engagés, contre la violence et des hommages remarqués, autour de sujets forts. Il collabore avec plusieurs groupes et sort « Listen » avec Urban Species et « Le Bien, le Mal » avec Guru, rappeur américain. En 1997, il conçoit les album « Paradisiaque » et « MC Solaar ». Après un an de scène, Solaar sort un double album, « Le Tour de la question ». Il prend ensuite un peu de recul et revient début 2001 avec « Cinquième As » et réalise les ventes les plus importantes de sa carrière. Bien décidé à rester sur cette lancée, « Claude MC » a sorti fin 2003 l’album « Mach 6 ». 

    Sugarhill Gang

 
Sugarhill Gang : « Rapper’s delight » (1979)

    Sugarhill Gang est l'une des formations pionnières en hip hop. Originaire du New Jersey, aux Etats-Unis, le trio est composé de Master Gee (Guy O'Brien), Wonder Mike (Michael Wright) et Big Bank Hank (Henry Jackson). Basé sur un rythme emprunté au titre « Good times » de Chic, le single « Rapper's delight » fait un carton en 1979. Il se vend à huit millions d'exemplaires dans le monde, une première pour un titre de rap. Ce raz-de-marée impressionnant mène le trio jusqu'au tribunal, puisque Bernard Edwards et Nile Rodgers du groupe Chic portent plainte et obtiennent tous les bénéfices liés à la vente du titre. Le succès de Sugarhill Gang a été massif et de courte durée. Les titres suivants, notamment « The love in you », « 8th wonder » ou « Apache » rencontrent un succès modeste et le groupe se sépare au milieu des années 1980. Sugarhill Gang a été la première formation à porter la bonne parole du rap aux quatre coins du monde. Ce tour de force en fait un groupe culte que les ténors du rap actuel samplent et citent aujourd'hui encore comme référence importante.

    Suprême NTM

 

Suprême NTM :« Je rap » (sur « Rapattitude ! ») (1990)

    L'histoire du groupe de rap français le plus sollicité et le plus controversé du paysage sonore hexagonal débute en Seine-Saint-Denis. Joey Starr et Kool Shen taguent puis rappent ensemble depuis déjà quelques années, sous le nom de « 93 NTM ». En 1989, Dee Nasty, qui présente une émission sur Radio Nova, les invite pour un freestyle en direct à l'antenne. Après une participation à la compilation « Rapattitude ! » en 1990, et un premier album, « Authentik » en 1991, ils sortent en 1993 « 1993, J'appuie sur la Gâchette ». Début 1994, ils offrent leur notoriété en faveur des Restos du Cœur. En 1995, ils sortent « Paris Sous les Bombes », en référence au bombes de peinture utilisés par les graffeurs. Le 14 juillet, ils participent au Concert des Libertés pour protester contre la victoire du Front National à Toulon : l'origine de l'affaire NTM. Les lascars sont condamnés à 6 mois de prison avec sursis, dont 3 mois fermes, avec interdiction « d'exercer la profession de chanteur de variétés pendant 6 mois » pour propos outrageants envers les forces de l'ordre. La Cour d'Appel d'Aix-en-Provence revient sur la décision du Tribunal de Toulon et condamne Kool Shen et Joey Starr à 50 000 Francs d'amende et deux mois d'emprisonnement avec sursis. Alors que les ventes de « Paris Sous les Bombes » approchent les 400 000 exemplaires, NTM sort son 4ème album, « Suprême NTM ». Carton immédiat au box-office. Mars 2000, NTM sort une vidéo qui raconte leur quotidien, « Authentiques », avec Alain Chabat aux commandes. « NTM live » suit dans la foulée. L'année suivante, sort l'album « Le Clash » mettant un point final à leur collaboration. Joey Starr fonde le label « B.O.S.S. » et Kool Shen « IV My People ».

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nées 90. Le groupe de rap Marseillais IAM enregistre sa première cassette audio, « Concept » - aujourd’hui introuvable autre part que sur Internet – qui servira surtout à négocier des salles de concert.