II – LES CARACTÉRISTIQUES DES DISCIPLINES DU HIP-HOP

    3. Le « smurf » et le « break » : la danse hip-hop dans la ville


        a) L’Histoire

    Le « hip » est un terme utilisé dans les ghettos noirs américains, provenant du mot « hep » signifiant en argot noir (« jive talk ») « être affranchi » mais aussi « compétition ». 
    La danse est la plus ancienne expression artistique du mouvement, mais elle fut vite détrônée par le rap. Cette place privilégiée accordée initialement à la danse transparaît dans le terme « hip hop » puisque « to hop » signifie danser. 

    Naissance aux États-Unis 
    C’est dans les années 70 aux États-Unis que le mouvement hip hop voit le jour. Afrika Bambaataa , membre du plus important gang du Bronx, devient (suite à la mort d’un de ses amis) le plus fervent partisan de la non-violence. La valeur fédératrice, le point de ralliement imaginé par Afrika Bambaataa s’appelle la Zulu Nation, son slogan « paix et unité ». Ce combat s’inscrit dans la lignée de la lutte pour les droits civiques impulsée dans les années 60 par le Black Power qui eut pour leaders charismatiques Martin Luther King et Malcom X. Autre fer de lance du mouvement hip hop : Kool Herc, jeune DJ du Bronx originaire de Jamaïque, qui fait danser grâce à ses tables de mixage les Break-Boys (ou Break-Dancers) du quartier. L’expression « B-Boy », qui est à l’origine un raccourci pour « break-boys », désigne aujourd’hui un membre participant activement au mouvement hip-hop qu’il soit danseur ou non. 

    En France 
    Le mouvement franchit l'Atlantique et connaît un écho très important à partir des années 80. Toutefois, il n'est pas uniquement une pâle copie du modèle américain. 
L’année 1984 marque un tournant majeur quant au devenir de la danse hip hop dans l’Hexagone avec la programmation de l’émission « Hip-Hop » de Sidney (l’aventure prendra fin l’année suivante) et la sortie du film américain « Beat Street ». La « old school », (nom donné aux breakers avant la lettre) est bien représentée en France par le « Paris City Breakers », le groupe pionnier. 

    La rue : lieu de rencontre et d'expression 
    La rue représente l’univers quotidien des breakers qui aiment se retrouver dans des quartiers comme le Trocadéro, les Halles... 
Les banlieues s’y mettent à leur tour et amplifient le phénomène. Les boîtes ne jurent plus alors que par les danseurs de hip hop pour animer leurs nuits, mais de 1985 à 1988, le mouvement s’essouffle pour renaître dans les années 90. 
    Le hip hop est progressivement reconnu comme une forme de danse à part entière par le ministère de la culture et bénéficie alors de subventions.     Il existe de nos jours une trentaine de groupes bien établis sur le plan national, le reste étant constitué d’une nébuleuse de petits groupes désorganisés. Le grand rendez-vous de la culture hip hop en France, les Rencontres des danses urbaines à la Villette à Paris créées en avril 1996, ont fait beaucoup parler d’elles en accueillant des compagnies aux chorégraphies de plus en plus élaborées. 


        b) Styles et techniques de danse 

    Comme dans un sport, la danse hip-hop demande à procéder avant la chorégraphie à quelques échauffements au niveau du cou, des poignets et parfois même à des pompes. Le « twister flex » est la préparation de base qui consiste à effectuer des rotations au niveau du buste et des hanches.
    Le fond musical est très important. Les B-Boys et les Fly-Girls (féminin de « B-Boys ») privilégient de la musique rap ou de la soul qui bougent pour se mettre dans l’ambiance !

    Il existe trois principaux styles de danse : le « smurf » et la « hype », le « break » et le « double-dutch ». 

            1- Le « smurf » et la « hype » : danse debout. 



Quelques prestations de smurf par Seb, Arnaud, Medhi & Hasane
lors de la finale du
« Power Battle Circle 2003 ».


    Le « smurf », signifiant littéralement « schtroumpfs », est appelé ainsi parce que les danseurs possédaient des gants blancs semblables à ceux des « schtroumpfs ». Aujourd’hui, le terme « d’electric boogie » est plus courant, « smurf » serait en fait une terminologie française. 
« L’electric boogie » repose sur une technique de mime. Les figures les plus accessibles sont :
        - « The wave » : c’est est une grande vague qui passe du début des doigts et qui se transmet ensuite à tout le corps sans passage au sol. En gros, il s’agit de faire onduler tout son corps. 
        - Le « pointing » : il consiste à fixer du regard son doigt pointé. A ne pas confondre avec le « lock-it » qui est censé refléter les mouvements du rire. Cette danse suppose des mouvements très rapides et des arrêts brusques entre chaque figure.
        - Le « pop » : il se compose de mouvements saccadés comparables à ceux d’un robot et correspond à une contraction de tout le corps. Le « blocage » est une variante qui ne bloque que jambes et bras. 
        - Le « moon walker » : il s’agit de se déplacer au ralenti sur la pointe des pieds. On a tous en tête les démonstrations magistrales de « moon walker » faites par Michael Jackson dans ses clips.





Michael Jackson, exécutant le « moon walk »

        - Le « tetris » (ou « égyptien ») : il s’agit d’emboîter des figures de formes différentes les unes dans les autres à partir des mains en plaçant son corps de face et le visage de profil ou le contraire en s’inspirant des représentations des pharaons de l’Egypte antique ! 
        - « L’ondulation » ( appelée « vogueing » d’après le nom du célèbre magazine de mode « Vogue ») : il faut se mettre dans la peau d’un mannequin l’espace de quelques minutes en prenant des poses et en prenant soin de ne pas virer à la caricature.
Comme vous pouvez le constater, les noms des figures reflètent la culture très visuelle du hip hop. 

    La « hype », tout en intégrant les figures précédentes, s’éloigne du mime. Apparue dans les années 90, elle s’inspire autant des danses africaines, des claquettes, de la danse jazz que des clips. En hip hop, la danse debout s’oppose au break. 

            2- Le « break » : danse au sol. 

 
Quelques prestations de break par Moy, Do-knock, Benji, Remind et Hong10.


    Le « break » implique un changement en profondeur dans la façon de trouver des points d’appui, et nécessite une grande rigueur. Le terme vient du verbe « to break » qui signifie en anglais « casser », « éclater ». Selon la légende, cette danse aurait été désignée ainsi par des blancs peu familiers de la danse des B-Boys du Bronx. 
    Pour être un « breaker », il faut avant tout avoir de la souplesse et une bonne musculature. En effet, le break s’apparente autant à un sport qu’à une danse. 

    Les figures les plus connues sont : 
        - Le « thomas » : il faut faire tourner ses jambes en s’enroulant à l’aide des mains. C’est l’équivalent du cheval d’arçon au sol. 
        - Le « scorpion » : il s’obtient grâce à un appui sur les mains, par la force des bras, les jambes étant à l’horizontal. Il faut déjà savoir tenir en équilibre sur les bras avant d’entamer une rotation en faisant tourner le corps autour du bras droit, et cela le plus vite possible. 
        - La « coupole » : cette figure exige une très grande technicité. Elle implique la coordination de plusieurs mouvements dans le même temps, telle que garder la jambe tendue, baisser la jambe droite en la faisant glisser sous la jambe gauche et ainsi de suite. 
        - Le « tour de main » (ou « ninety-nine ») : le danseur part debout et entame un mouvement circulaire sur une main. 
        - Le « headspin » (ou « spin tête ») : c’est, comme son nom l’indique, une rotation à partir de la tête. 
        - Le « freeze » : c’est une improvisation basée sur un enchaînement de gestes qui achève une démonstration de break. 

    Notez que les figures sont élaborées au sol selon une géométrie circulaire. La notion de cercle indissociable du break, emprunte clairement aux rituels de célébration africains. 
    L’objectif ultime de tout breaker est de pouvoir enchaîner ces figures imposées, en y ajoutant une touche plus personnelle, c’est la force de compagnies comme « Aktuel Force » en France, le groupe le plus représentatif de ce style de danse. 

        c) Comprendre la « hip-hop attitude » 

    Le hip hop est incontestablement un milieu masculin mais aujourd’hui de plus en plus de filles s’y mettent. Il tire sa force créative d’un travail collectif, ainsi que de la participation active du public. En effet, les « chorés » (petite partie d’une chorégraphie) se montent en commun, chacun des membres apportant sa pièce à l’édifice en proposant des nouveaux pas au sein du cercle. Ainsi entre des phases de danse collective, des morceaux individuels sont intercalés. Aussi la danse est-elle envisagée comme un moyen idéal pour canaliser l’agressivité du groupe dans la rue. Comme l’a enseigné Afrikaa Bambaataa, il s’agit de « transformer l’énergie négative (les bagarres, des pillages, la drogue…) en énergie positive et constructive. »
La danse s’inspire sans cesse de la ville en donnant vie à des scènes de rue. 
    Cette frénésie du rythme trouve son origine notamment dans la Capoeira (danse brésilienne qui permettait aux esclaves noirs de pratiquer d’une manière détournée un entraînement au combat) et donc indirectement dans la danse africaine perpétuée par les esclaves, les films d’arts martiaux, le flamenco espagnol, la danse indienne…
Dans le même temps, le hip hop est source d’inspiration pour des chorégraphes contemporains comme Karine Saporta ou Blanca Li.

    Intégrer le mouvement Hip-Hop 
    Si l’on veut se faire accepter du « posse » ou « crew » (groupe d’amis) et plus généralement du « mouv’ » (c’est-à-dire le mouvement hip hop), il ne suffit pas de savoir danser mais il s’agit d’acquérir un certain état d’esprit. Le hip hop est une culture issue de la rue ; de cette spécificité découle le code de conduite à adopter. Des principes indéfectibles donnent au mouvement toute sa cohérence : les notions de cercle, de « free style » (danse individuelle basée sur l’improvisation), de défi et de respect, d’authenticité tiennent une place essentielle dans la culture hip hop. 

    Devenir professionnel 
    Il existe un diplôme d’Etat de danse jazz que chaque danseur doit passer avant de devenir professionnel. Passé un certain cap, les danseurs préfèrent la scène aux esplanades, cités HLM ou couloirs de métro. Les plus connus s’appellent « Aktuel Force » ou les « Black Blanc Beur ». Mais l’engouement du grand public pour le hip hop est relativement récent puisque le premier festival hip hop à Beaubourg remonte à 1991. 
    L’esprit de compétition n’a théoriquement pas droit de cité. Mais même le milieu de la danse (pourtant moins starisé) n’échappe pas à l’emprise de l’argent, ce qui tend à mettre à mal l’éthique du hip hop. Pour subvenir à leurs besoins, certains n’hésitent pas à participer à des génériques d’émissions ou à danser au côté de chanteurs. Une association « Dans la rue la danse » (c’est aussi un centre de formation à la danse hip hop à Roubaix) est chargée de gérer les commandes du show-business. 


        d) Une danse universelle

    Au-delà de la prouesse physique, le hip-hop brasse de multiples influences pour exprimer dans la danse une culture multi-ethnique pacifiste qui se ressource dans des centres urbains très éloignés de New-York, Paris, Marseille ou même Berlin. 
    Si les figures de break sont extrêmement difficiles à réaliser, le « smurf »et la « hype » sont à la portée de tous. Apprendre la danse hip hop n’est donc pas un pari impossible. Néanmoins, il est une chose indispensable pour bien maîtriser cette danse : le rythme. Si vous l’avez, n’hésitez pas et dansez le hip-hop !

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